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Sarah
Le point de vue de Sarah sur l'actualité culturelle, théâtrale, cinématographique et littéraire

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« ONZIÈME » / Théâtre/ François Tanguy & Théâtre du Radeau / du 03 au 11 février 2012/ au Théâtre Garonne

« ATÉ » / Théâtre/ Alain Béhar & Cie Quasi / du 08 au 10 février 2012 / Théâtre Garonne

 

Le dernier opus du Théâtre du Radeau de François Tanguy propose une nouvelle fois une immersion sensible, à la fois musicale, littéraire et visuelle dans un objet scénique unique, comme depuis 20 ans qu’il se produit au Théâtre Garonne. Après « Ricercar » il y a 4 ans, « Onzième », dont le titre fait référence au onzième quatuor à cordes de Beethoven, continue de faire s’entrechoquer extraits littéraires et morceaux musicaux dans un ballet de corps où les comédiens déambulent entre ombres et lumières, se dérobent dans des lignes de fuites, disparaissent et réapparaissent derrière et devant des panneaux amovibles sur lesquels se projettent leurs propres ombres ou des vidéos de paysages. Si Ricercar se soustrayait à toute compréhension audible des textes recouverts par la musique pour recréer une partition inédite et hallucinante se superposant à de véritables tableaux vivants, « Onzième » lui, dans un dispositif scénique dont la profondeur de champ est plus accessible à l’œil du spectateur, fait clairement entendre des textes de Kafka, Witkiewicz, Strindberg, Dante, Dostoïevski ou encore un extrait d’un discours de Mussolini ou le monologue de Richard II de William Shakespeare, pour aborder à travers les tragédies du XXè siècle, la question du mal […]

[…] Même ivresse chez Alain Béhar et la compagnie Quasi, avec sa dernière création qui se joue parallèlement dans les ateliers du Théâtre Garonne jusqu’au 10 février. Ce spectacle titré « Até – nom de la divinité grecque de la discorde  – foisonnant de paroles et d’images, saturé d’informations, tout comme le plateau où circulent en mouvements incessants, les quatre comédiens dialoguant avec un cinquième via un écran d’ordinateur, traite de l’addiction aux mondes virtuels. Cette fable à l’écriture polyphonique perd le spectateur dans les labyrinthes confus de la réalité et de la fiction, celle des différents modes de communication actuels auxquels s’adonnent de façon démultipliée et compulsive les personnages, sans parvenir à se rencontrer : internet, skype, facebook, twitter, second life, etc. Spectacle captivant, « Até » demanderait que l’on approfondisse, pour en savourer la complexité de son propos, ses multiples questionnements nourris par les nombreuses références de son metteur en scène […]

 

 

« CARMELLE ETC… » / théâtre / Cie la Controverse / Théâtre du Grand-Rond / du 31 janvier au 11 février 2012

Deux ans après leur première invitation au Théâtre du Grand-Rond,  les trois créatures marionnettiques trash de « Carmelle etc… » reviennent s’offrir en pâture du 31 janvier au 11 février. Trash ? Pensez donc, l’une des trois figures de ce tryptique, la fameuse « Carmelle » qui donne son titre au spectacle, est sortie de la tête de l’énervé Vincent Macaigne, ce jeune metteur en scène qui mit à sac le Cloître des Carmes au dernier festival d’Avignon avec son spectacle « Au moins j’aurai laissé un beau cadavre » d’après « Hamlet » de Shakespeare.

Au départ, donc, il y avait « Carmelle ou la déraison d’être »  spectacle de 35 minutes créé en 2005, auquel sont venus s’ajouter les deux autres volets de même durée « Fidel ou la nécessité du divertissement » de Léo Pajon et « Ixelle ou la répudiation des continences » de Balthazar Voronkoff, formant à présent cette pièce aboutie, cohérente et percutante : rencontre de l’écriture contemporaine et de la marionnette. Ces trois parties sont unies par leur forme – un monologue servi par un comédien mettant en scène une marionnette, et par leur fond – un être douloureusement seul et avide d’exister, se donnant en spectacle dans un rapport anthropophage avec son public, avec, au terme de cette quête ultime et éperdue, sa propre disparition. Le tout donne une farce sanglante, tragique, irrésistiblement drôle, grand guignol et totalement déjantée […]

 

BRUEGEL LE MOULIN ET LA CROIX / cinéma/ Pologne-Suède/ de Lech Majewski / avec Rutger Hauer, Charlotte Rampling, Michael York…

Le nom du réalisateur polonais Lech Majewski ne vous dira peut-être rien… Pourtant ce cinéaste est aussi producteur, metteur en scène de théâtre, poète, peintre, musicien, il est également scénariste et c’est lui qui écrivit le scénario du film d’un autre peintre, Julian Schnabel, « Basquiat » en 1997. En effet, la peinture passionne cet ancien étudiant de l’Académie des Beaux-Arts de Varsovie, formé plus tard à la célèbre école de Lodz. Dans son dernier film, « Bruegel, le moulin et la croix » sorti fin décembre, adapté du livre de Michael Gibson, critique d’art, l’on y retrouve, en effet, un cinéma très esthétique, celui d’un plasticien travaillé par la composition et la couleur, mais aussi, celui d’un certain cinéma expérimental, fantastique, onirique, hérité d’un autre cinéaste polonais, Wojciech Has et je pense à son film majeur « La Clepsydre ». « Bruegel, le moulin et la croix » est un pari d’une audace folle : faire pénétrer le spectateur dans le chef d’oeuvre de Pieter Bruegel L’Ancien, « Le portement de croix » en faisant vivre le tableau à travers le processus créatif de son auteur. Il ne s’agit donc pas d’un biopic du peintre mais bel et bien d’une adaptation d’une œuvre picturale, façon tableau vivant. Plus de 500 personnages habitent cette œuvre d’une complexité incroyable figurant le martyre des Flandres sous la domination espagnole en 1564 […]

 

 

 

 
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